Arnaque décodée

Faux conseiller bancaire : l'arnaque qui appelle avec le numéro de votre banque

C'est l'arnaque qui coûte le plus cher aux particuliers en France. Les victimes ne sont pas naïves : l'appel est préparé, le numéro affiché est le bon, et la personne au bout du fil connaît déjà une partie de votre vie bancaire.

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Le scénario, minute par minute

Un mardi, 18 h 40. Votre téléphone sonne et l'écran affiche le numéro de votre agence. Une voix calme se présente : service fraude, prénom, nom, parfois un matricule. Elle vous signale un paiement de 1 249 € en cours chez un marchand en ligne. Vous ne l'avez pas fait, évidemment.

Le conseiller vous rassure. Il peut bloquer l'opération, mais il faut aller vite. Il vous demande de valider une notification dans votre application bancaire « pour confirmer l'annulation ». Ou de lui lire le code reçu par SMS. Ou de mettre votre argent à l'abri sur un « compte sécurisé ». Dans certaines versions, un coursier passe même chez vous récupérer votre carte « pour la détruire ».

Exemple reconstitué

« Vous allez recevoir une notification de sécurité. Ne vous inquiétez pas si elle indique un montant, c'est la procédure d'annulation. Validez-la simplement, je reste en ligne avec vous. »

Dans tous les cas, c'est vous qui validez le paiement. L'annulation n'existe pas. L'argent part sur un compte tenu par les escrocs, souvent à l'étranger, et il est retiré ou transféré dans l'heure.

Comment ils en savent autant

Faire apparaître le numéro de votre banque sur votre écran s'appelle le spoofing. Avec les bons outils, n'importe qui peut afficher le numéro de son choix. Les opérateurs français filtrent désormais une partie de ces appels, mais ceux qui passent par l'étranger restent difficiles à bloquer.

Le reste, les escrocs l'ont souvent récupéré plus tôt : un SMS de faux colis où vous avez tapé votre carte, un faux mail de votre banque, une fuite de données chez un commerçant. Avec votre nom, votre adresse et les derniers chiffres de votre carte, le faux conseiller paraît parfaitement crédible.

Ce que votre banque ne vous demandera jamais

Aucune banque ne vous demandera :

Si l'une de ces demandes arrive pendant un appel, vous avez votre réponse, même si tout le reste semble vrai.

La bonne réaction pendant l'appel

Raccrochez. Même si c'est gênant, même si la personne insiste sur l'urgence et répète que chaque minute compte. Un vrai conseiller comprendra très bien que vous préfériez rappeler.

Rappelez ensuite votre banque vous-même, avec le numéro inscrit au dos de votre carte ou dans votre application. Attendez une minute avant de composer, ou appelez depuis un autre téléphone : sur une ligne fixe, certains escrocs restent en ligne pour intercepter votre rappel.

Si vous avez déjà validé ou fait un virement

  1. Appelez immédiatement votre banque par son numéro officiel et faites opposition sur votre carte. Demandez aussi le rappel du virement. Ça marche rarement, et seulement si la demande part très vite.
  2. Changez vos codes d'accès à la banque en ligne.
  3. Portez plainte. Notez tout : l'heure des appels, le numéro affiché, les montants, le nom donné par votre interlocuteur.
  4. Demandez le remboursement par écrit à votre banque, avec la plainte en pièce jointe.

Les banques refusent souvent de rembourser, au motif que vous avez validé l'opération vous-même. Elles parlent de négligence grave. Ne vous arrêtez pas au premier refus : la Cour de cassation a déjà jugé qu'un client trompé par un appel affichant le vrai numéro de sa banque n'avait pas forcément commis de négligence grave. En cas de refus, saisissez le médiateur de votre banque, dont les coordonnées figurent sur vos relevés. C'est gratuit.

Et si ça vous est arrivé, parlez-en. Des cadres, des policiers, des informaticiens se font avoir chaque semaine. La honte arrange surtout les escrocs, et chaque histoire racontée apprend à quelqu'un d'autre à raccrocher.